Près d’un actif sur trois envisage une reconversion professionnelle : 28 %, selon le baromètre de la formation et de l’emploi du Centre Inffo, chiffre repris par France Travail.
https://www.francetravail.fr/actualites/a-laffiche/2026/se-reconvertir-professionnelleme.html
L’envie de changer de métier est donc devenue une expérience ordinaire, par contre passer à l’action, nettement moins.
1. Un tiers y pense, moins d’un sur dix s’y met
L’Apec a mesuré cet écart chez les cadres du privé (une réserve néanmoins, l’étude date de 2022, mais il faut aussi prendre en compte le temps de la réalisation de la reconversion).
Résultat : 31 % déclarent avoir un projet de reconversion pour changer de métier. Parmi eux, 23 % en sont au stade de la simple idée, et seulement 8 % ont réellement entamé des démarches
Autrement dit, sur dix personnes qui portent un projet, une seule a commencé.
L’envie est plus forte encore chez les cadres au chômage (60 %) et chez les moins de 35 ans (45 %). Mais l’écart entre l’envie et le passage à l’action reste tout aussi important quel que soit l’âge.
2. Et ceux qui vont bien, aussi
Un point mérite d’être souligné, parce qu’il contredit une idée reçue tenace : on ne veut pas changer de métier uniquement quand on va mal.
Le Céreq a publié fin août 2026 une étude sur les jeunes actifs qui l’établit clairement.
À rebours des discours sur leur prétendu désengagement, ces jeunes déclarent majoritairement s’épanouir dans leur travail. Et pourtant, plus d’un tiers (36 %) envisage une réorientation, y compris parmi ceux qui se réalisent professionnellement. Seuls 23 % ont entrepris des démarches
L’étude porte sur de jeunes actifs, et ses conclusions ne s’étendent pas mécaniquement à l’ensemble des actifs. Elle confirme néanmoins ce que j’observe en bilan de compétences : pour les personnes que je suis qui ne sont ni en burn-out ni au chômage. Elles travaillent MAIS quelque chose en elles demande autre chose.
Donc 2 solutions : Soit attendre que les choses aillent mal pour agir, soit le faire quand tout va bien
3. Ce que l’on prend pour de l’inaction
Quand une personne arrive en bilan de compétences en disant « j’y pense depuis deux ans », elle le dit souvent avec un peu de honte. Comme si ces deux ans étaient du temps perdu. (Et je ne vous raconte pas le nombre de personne en fin de bilan qui me disent qu’on devrait rendre obligatoire le bilan de compétences…)
Ces personnes ont pourtant produit quelque chose pendant ce temps
Les travaux de Prochaska et DiClemente (1983) sur les processus de changement, menés à l’origine sur l’arrêt du tabac, décrivent une étape appelée contemplation.
Voici les étapes : la personne sait que quelque chose doit bouger, elle y pense. Ensuite elle pèse le pour et le contre.
Et souvent elle reporte…
Ce que ces chercheurs ont observé sur d’autres formes de changement se retrouve souvent dans les parcours professionnels : cette phase peut durer des mois, parfois des années, et elle précède normalement l’action. J’ai bien dit normalement…
Pendant ce temps, on élimine des pistes. On teste des idées dans sa tête. On observe ceux qui ont sauté le pas. On laisse une envie devenir insistante.
La difficulté arrive quand on s’installe durablement dans cette étape. Puis ce que l’on comprend bien, que la personne réfléchit, réfléchit encore … et rien ne se passe…
4. Trois freins documentés
Le sentiment que c’est compliqué. Pour 56 % des cadres, se reconvertir n’apparaît pas comme une démarche aisée.
Conséquence directe : dans plus de six cas sur dix, le projet vise finalement un métier proche du métier actuel, et seuls 15 % envisagent un métier radicalement différent. La difficulté perçue « rabote » le projet avant même qu’il commence.
L’isolement. Beaucoup portent leur projet seuls, de la première intuition jusqu’au bout. L’Apec relève que cette autonomie a un coût : une charge mentale importante et un risque réel de découragement, particulièrement quand la maturation est longue et que le soutien manque.
Le manque d’information concrète. Cette même autonomie masque souvent une méconnaissance des réalités de la reconversion : comment un projet mûrit, quelles démarches correspondent à quelle situation, quels financements existent.
Ces trois freins ont un point commun : en réalité aucun ne concerne le manque de motivation. On parle bien ici d’isolement.
5. Ce qui fait basculer
Alors les personnes qui passent à l’action ont quoi de plus ?
De l’information réelle. Savoir ce que le métier visé implique vraiment, au quotidien, salaire et contraintes compris. Cette information ne s’obtient pas en lisant des fiches métier, elle s’obtient en parlant à des gens qui exercent ou faisant un stage.
Un premier pas assez petit pour être franchi. Le piège consiste à croire que le premier pas, c’est démissionner ou s’inscrire à une formation de 18 mois. À cette échelle, tout projet devient effrayant, et le report devient rationnel. Je parle bien ici de tout petit pas.
Un premier pas utile ressemble plutôt à ceci : un appel à une personne qui exerce le métier, une demi-journée d’immersion, une question posée à son employeur sur une mobilité interne. Peu coûteux, peu risqué, et très informatif.
Burnett et Evans appellent cela du prototypage, j’y reviendrai plus tard.
6. Et concrètement, en 2026
Trois repères utiles pour ceux qui veulent avancer cette année.
Le projet de transition professionnelle reste le dispositif de référence pour une reconversion à l’initiative du salarié, avec maintien de la rémunération pendant une formation longue. Il s’instruit auprès des associations Transitions Pro.
La période de reconversion, entrée en vigueur au 1er janvier 2026, a remplacé la Pro-A et les Transitions collectives. Elle se construit avec l’employeur, pour une mobilité interne ou externe.
Le bilan de compétences reste finançable par le CPF, un cofinancement est possible par l’employeur.
7. Ceux qui sont accompagnés aboutissent
Un dernier chiffre, et il est encourageant. Six mois après la fin de leur formation, 92 % des bénéficiaires d’un projet de transition professionnelle avaient concrétisé ou poursuivaient activement leur reconversion, selon l’Observatoire des Transitions Professionnelles
https://observatoire-transitions-professionnelles.fr/enquete-nationale/synthese-nationale/
8. Par où commencer
Si vous vous reconnaissez dans les 23 % qui ont une idée sans avoir commencé, la question à se poser n’est pas « est-ce que mon projet est le bon ». C’est : quel est le plus petit pas que je peux faire cette semaine pour en savoir plus ?
Vous avez une idée en tête depuis un moment et vous vous demandez si elle tient debout ? Réservez un échange gratuit.
https://calendly.com/stageos/laetitia_croizer
Sources
1. Baromètre de la formation et de l’emploi 2024, Centre Inffo / CSA. Enquête menée en février 2024 auprès de 1 618 actifs français, échantillon représentatif. https://www.francetravail.fr/actualites/a-laffiche/2026/se-reconvertir-professionnelleme.html
2. Bigi M., Méda D., Tenret É. et Verley É., Des jeunes actifs satisfaits mais en quête d’ailleurs : les ressorts d’un paradoxe, Céreq Bref n° 489, 25 août 2026. Enquête Génération auprès des sortants 2017 du système éducatif, avec le soutien de l’INJEP. https://www.cereq.fr/publications/cereq-bref/des-jeunes-actifs-satisfaits-mais-en-quete-dailleurs-les-ressorts-dun
3. Apec, Reconversion professionnelle des cadres, décembre 2022. Enquête en ligne réalisée en juin 2022 auprès de 2 004 cadres salariés du secteur privé, échantillon représentatif. https://www.apec.fr/tendances-emploi-cadre/vie-pro-et-carriere/reconversion-professionnelle-des-cadres–le-besoin-dun-accompagnement-personnalise.html
4. Prochaska J. O. et DiClemente C. C., « Stages and processes of self-change of smoking: Toward an integrative model of change », Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(3), 1983, p. 390-395. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/6863699/
5. Burnett B. et Evans D., Design de vie. Faire le point sur sa vie et explorer les possibles, traduction de Jean-Yves Kruger, 2018. Édition originale : Designing Your Life, 2016.
6. Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 relative à l’emploi des seniors, au dialogue social et aux transitions professionnelles, et ses décrets d’application de janvier 2026 créant la période de reconversion.
7. Loi de finances pour 2026 et décrets afférents : plafonds de prise en charge CPF applicables depuis le 26 février 2026, participation forfaitaire obligatoire portée à 150 euros depuis le 2 avril 2026.
8. Observatoire des Transitions Professionnelles, enquête nationale auprès de 15 600 bénéficiaires d’un PTP sortis de formation en 2024. https://observatoire-transitions-professionnelles.fr/enquete-nationale/synthese-nationale/



