« J’y pense, mais je ne sais pas si c’est le bon moment. »
C’est probablement la phrase que j’entends le plus souvent au premier rendez-vous. Une question me semble plus importante et elle est rarement formulée : « comment savoir si mon projet tient debout ? »
Je vous propose ici un 1er « crash test » : 4 signes qui, dans ma pratique, distinguent un projet mûr d’une « simple » idée.
1. Vous pouvez décrire une journée type dans le métier visé
Un projet immature est souvent décrit en termes de fuite : je veux moins de pression, je souhaite plus de sens ou autre chose. Un projet mûr se dit en termes de contenu car vous savez exactement à quoi vous attendre
Le test est simple. Racontez une journée ordinaire dans le métier que vous visez. Vous racontez tout, le matin, l’après-midi, les tâches ingrates comprises. Si vous butez au bout de trois phrases, l’information vous manque encore, vous n’avez pas réellement compris en quoi consiste le métier.
Ce n’est pas un défaut d’envie, c’est un défaut de matière, vous ne savez pas à quoi vous attendre.
L’Apec relève d’ailleurs que les personnes qui portent seules leur projet souffrent surtout d’une méconnaissance des réalités de la reconversion, de la façon dont un projet mûrit aux démarches et financements existants.
Cette information ne se trouve pas dans les fiches métier (Métierscope c’est bien mais insuffisant à ce stade). L’info se trouve chez ceux qui exercent ce métier.
2. Vous avez déjà fait un pas, même minuscule
Les travaux de Prochaska et DiClemente sur les processus de changement, menés à l’origine sur l’arrêt du tabac, distinguent la phase de contemplation, où l’on y pense, et la phase de préparation, où l’on a déjà engagé quelque chose. Ce qui sépare les deux n’est pas l’intensité de l’envie, de la motivation. C’est l’existence d’une action, même toute petite.
À quoi cela peut ressembler :
Un appel passé à une personne du métier. Une demi-journée d’immersion. Une question posée aux ressources humaines sur une mobilité interne. Un rendez-vous pris.
Si vous ne trouvez aucun acte à citer depuis six mois, le projet est encore au stade de l’idée.
3. Vous savez ce que vous êtes prêt à perdre
Un projet mûr a un prix, et vous le connaissez.
Salaire, statut, responsabilités d’encadrement, sécurité, temps de trajet, reconnaissance acquise : une reconversion se paie généralement quelque part. Les cadres interrogés par l’Apec se montraient d’ailleurs lucides sur ce point, une part significative se déclarant prête à accepter une rémunération plus faible ou à renoncer à des fonctions managériales.
Tant que le projet ne coûte rien dans votre tête c’est qu’il n’a probablement pas été confronté au réel.
La question à se poser n’est pas « qu’est-ce que je gagne ». C’est : qu’est-ce que je suis prêt à laisser, et jusqu’où ? Et c’est à regarder en face.
4. Le projet a survécu au contact du réel
C’est le signe le plus fiable
Burnett et Evans, qui enseignent le design à Stanford, proposent d’aborder sa vie professionnelle comme un objet à concevoir plutôt que comme un problème à résoudre. Leur outil central s’appelle le prototypage : tester à petite échelle avant d’engager quoi que ce soit.
Un projet mûr est un projet qui a rencontré la réalité et qui y a résisté. Vous avez parlé à trois personnes qui exercent le métier. Elles vous ont décrit les contraintes, les salaires réels, ce qui les fatigue. Malgré tout cela la motivation est toujours là.
Il arrive aussi que l’envie ne survive pas. Et ce n’est pas un échec, c’est même un excellent résultat. Le coût réel : le temps passé sur trois conversations avec des professionnels occupant le poste plutôt que de dix-huit mois passés en formation.
5. Trois signes qui n’en sont pas
Trois croyances repoussent des projets pourtant solides :
La certitude absolue. Personne n’attend d’être certain. Ceux qui avancent ont un doute raisonnable et une information suffisante.
L’absence de peur. La peur accompagne les projets mûrs autant que les autres. Elle change simplement de nature : on passe de la peur floue du vide à la peur précise d’un obstacle identifié. Et comme l’obstacle est identifié, on peut le travailler
Le plan complet. Attendre d’avoir tout planifié revient à ne jamais commencer, puisque l’information nécessaire au plan s’obtient en avançant.
6. Et si aucun des quatre signes n’est là ?
Cela ne veut pas dire que le projet est mauvais. Cela veut dire qu’il lui manque de la matière, et que c’est précisément le travail à faire.
Un chiffre pour finir. Six mois après la fin de leur formation, 92 % des bénéficiaires d’un projet de transition professionnelle avaient concrétisé leur projet ou poursuivaient activement leur reconversion. L’écart entre l’envie et l’action se creuse surtout chez ceux qui avancent seuls.
Vous avez une idée en tête depuis un moment et vous vous demandez si elle tient debout ? Parlons-en



