Mais si vous connaissez !
Si je vous dis : 4 cercles entrelacés, un mot japonais au centre, cela vous parle ?
Dans les 4 cercles :
– Ce que j’aime.
– Ce en quoi je suis bon.
– Ce dont le monde a besoin.
– Ce pour quoi je peux être payé.
Au croisement des 4 : ikigai.
La promesse est belle, non ?
Pour ceux qui ont déjà essayé de remplir les cercles, elle peut devenir pesante !
Combien de personnes sèchent devant ce schéma avec le sentiment d’incompétence ? (J’ai déjà séché dessus…)
Mais avant de nous en servir, regardons d’où il vient.
La réponse surprend.
Constat numéro 1 : le Japon n’est pas situé où l’on croit.
2011, Barcelone. Un astrologue, Andrés Zuzunaga, dessine un diagramme de Venn qu’il appelle « Propósito », raison d’être.
Quatre cercles. Les quatre questions que nous connaissons tous.
Donc, rien de japonais là-dedans.
2014, Royaume-Uni. Marc Winn, entrepreneur, regarde une conférence TED sur la longévité des habitants d’Okinawa. L’ikigai y est présenté comme une raison de se lever le matin.
Il reprend le diagramme espagnol. Il remplace le mot au centre. Il publie sur son blog.
Le billet et le schéma deviennent viraux.
Le mot est japonais. Le schéma est espagnol. Le mariage est britannique.
Constat numéro 2 : la définition de l’Ikigai n’est pas ce que l’on croit
Au Japon, ikigai est un mot ordinaire.
Pas une vocation. Pas une mission de vie. Pas un projet professionnel.
Ce qui donne envie de se lever ce matin-ci.
Ken Mogi, neuroscientifique japonais, en décrit cinq piliers : commencer petit, se libérer soi-même, harmonie et durabilité, la joie des petites choses, être ici et maintenant.
Aucun pilier ne parle de rentabilité ni si le monde en a besoin et ne parle pas de talent.
Un ikigai peut tenir dans une tasse de thé ou de café, une personne, une activité…
Nous pouvons en avoir plusieurs à la fois.
Constat numéro 3 : le tout est dans le choix du moment
La version que nous connaissons fonctionne comme un filtre.
Chaque chose qui nous plaît doit passer un contrôle avant d’avoir le droit d’exister : est-ce utile ? est-ce que ça rapporte ? y suis-je doué ?
Donc, le plaisir passe en dernier.
Dans une réflexion sur son parcours, ce réflexe peut coûter cher.
Il élimine la matière première avant même que nous ayons pris le temps de la regarder.
Nous écartons ce qui nous fait vibrer parce que « ça ne mène à rien ».
Et nous construisons un projet raisonnable, cohérent, présentable mais est-ce nous ?
Mais le diagramme n’est pas à jeter pour autant.
Il fait un excellent point d’arrivée : quand un projet a pris forme, il vérifie qu’il tient debout sur ses quatre appuis.
Il est plus compliqué en point de départ de projet.
Demander la rentabilité à quelqu’un qui cherche encore, c’est lui demander de conclure avant d’avoir commencé.
L’exercice de l’été : le carnet, version plaisir
Reprenons le carnet du dernier numéro. Et faisons l’inverse.
Pendant une semaine, notez 10 moments qui vous ont fait plaisir.
Une seule règle : on ne se pose pas la question de l’utilité, la rentabilité, la fierté.
Une semaine plus tard, relisez la liste et cherchez ce qui revient.
Pas le contenu : le mécanisme.
Ranger un tiroir et boucler un dossier, ce n’est pas la même activité. C’est peut-être le même plaisir.
Expliquer un chemin à un touriste perdu et former un collègue non plus. Et pourtant.
Est-ce résoudre ? Transmettre ? Être tranquille ? Mettre de l’ordre ? Comprendre comment ça marche ? Rendre les choses plus belles qu’avant ?
L’information est là 🙂



