Depuis juillet, on observe.
1° Son énergie.
2° Ce qui nous plaît vraiment.
(Si vous ne voyez pas de quoi je parle, reprenez les cartes postales de l’été Stageos sur le blog)
Si vous avez fait les exercices, le carnet commence à être bien rempli.
Et il ne se passe rien ?
C’est normal, et ce n’est pas un défaut de méthode. C’est ce que l’introspection sait faire : produire de la matière. Elle s’arrête là…
La phrase qui bloque tout
« Je ne sais pas encore ce que je veux. »
Derrière, il y a une croyance tellement installée qu’on ne la voit plus : il faudrait d’abord savoir, ensuite agir.
Je trouve ma voie, puis je m’y engage. Easy !
Bill Burnett et Dave Evans, deux professeurs de design de Stanford, ont pris le problème par l’autre bout dans Design de vie (2016). Leur idée : on ne réfléchit pas jusqu’à trouver la bonne réponse, on prototype. (Je vais expliquer…)
(Je suis en train de le lire, et il rejoint assez précisément ce que je fais faire en bilan.)
Le prototypage, c’est ce que font les designers avant de fabriquer quoi que ce soit. Une maquette bâclée, un essai grandeur nature, quelque chose de suffisamment réel pour qu’on apprenne, et de suffisamment léger pour qu’on puisse le jeter.
Appliqué à un parcours professionnel, ça donne : au lieu de raisonner à partir de ce qu’on connaît déjà, on va chercher une expérience concrète qui permet de se représenter un chemin possible.
La chercheuse Herminia Ibarra arrive à la même conclusion en suivant des parcours de reconversion : on n’agit pas parce qu’on a compris, on comprend parce qu’on a agi. Vous voyez la nuance ? Elle est de taille !
La question change
Tant qu’on cherche « qui suis-je vraiment », on cherche un objet qui n’existe pas. Notre identité professionnelle n’est pas un trésor caché au fond de nous. Elle est faite de plusieurs possibles qui coexistent.
La question devient alors beaucoup plus praticable.
Parmi mes possibles, lequel m’intrigue le plus en ce moment ?
Et lequel est le plus facile à tester ?
Agir, ça ne veut pas dire démissionner
C’est là que la plupart des gens décrochent. On entend « passez à l’action » et on imagine la lettre de démission, la formation à 8 000 euros, le déménagement…
Rien à voir.
Une action, ici, ça peut être : appeler quelqu’un qui fait le métier et lui poser des questions. Passer une demi-journée à observer un atelier. Se porter volontaire sur un dossier auquel on n’a jamais touché dans son propre service. Écrire un texte et le publier. Animer une formation d’une heure pour une association. Aller à un salon professionnel…
Et aucune de ces choses n’engage votre contrat de travail.
Toutes vous apprennent quelque chose que six mois de réflexion ne vous apprendront pas.
Et ce n’est pas une invitation à en faire plus. C’est l’inverse : faire un peu, à la place de penser beaucoup.
Ce qui distingue une action d’un prototype
Toutes les actions ne se valent pas.
Un prototype, ce n’est pas « aller voir ». C’est aller vérifier quelque chose de précis.
Le bon prototype, c’est celui dont vous ne connaissez pas le résultat, et dont le résultat vous intéresse même s’il est décevant.
Découvrir qu’un métier rêvé vous ennuie au bout de deux heures, ce n’est pas un échec. C’est du temps d’économisé.
Le plan d’action vient après
Un mot pour lever un malentendu, parce que je parle souvent de plan d’action.
Un plan d’action suppose qu’on sait où on va : il y a un objectif et des étapes (actions) pour atteindre cet objectif. Un prototype sert à découvrir où on va.
Le plan, c’est la fin du travail. Pas le début.
Ce qui vient avant, ce sont des essais, les tâtonnements.
Et le carnet, alors ?
Il a été utile comme première moitié du travail.
Relisez-le en cherchant autre chose que des réponses. Cherchez les phrases qui pourraient être fausses, des hypothèses…
« Je crois que ce qui me manque, c’est de fabriquer quelque chose de mes mains. »
Ça, ce n’est pas une conclusion. C’est une hypothèse.
Et une hypothèse, ça se teste



