Dans la dernière lettre, je vous parlais du Piège du bonheur de Russ Harris, et de cette idée qui change tout : le bonheur n’est pas un état permanent à atteindre, c’est un piège quand on en fait l’objectif. Mais alors, si ce n’est pas le bonheur qui doit guider nos choix de carrière… c’est quoi ?
La réponse de Harris, et celle que je constate chaque semaine en bilan, tient en un mot : les valeurs.
Pas les valeurs au sens moral du terme, pas celles qu’on affiche dans un cadre au mur de l’entreprise. Les valeurs au sens profond : ce qui compte vraiment pour vous. Ce pour quoi vous êtes prêt à vous lever le matin, même quand c’est difficile. Ce qui fait que certaines journées vous remplissent d’énergie et d’autres vous vident — sans que vous puissiez toujours expliquer pourquoi.
Le psychologue Shalom Schwartz a passé trente ans à étudier cette question dans des dizaines de pays. Il a identifié dix grandes familles de valeurs universelles :
Et surtout, il a montré quelque chose de fascinant : ces valeurs ne vivent pas indépendamment les unes des autres. Elles s’organisent en cercle.
Celles qui sont voisines dans le cercle se renforcent naturellement, par exemple, l’autonomie et la stimulation vont souvent de pair : quelqu’un qui a besoin de liberté a souvent aussi besoin de nouveauté.
En revanche, celles qui se trouvent à l’opposé sur le cercle créent une tension intérieure. L’autonomie s’oppose à la conformité. La bienveillance s’oppose au pouvoir.
Et c’est exactement ce que j’observe en bilan.
Quelqu’un qui a besoin d’autonomie mais travaille dans un environnement ultra-contrôlé ne manque pas de compétences. Il est en conflit de valeurs.
Quelqu’un qui place la bienveillance au centre de tout mais occupe un poste où on lui demande d’imposer, de trancher, d’exercer un pouvoir sur les autres ne sera pas épanoui, non pas parce qu’il est incompétent, mais parce que ce qu’on lui demande chaque jour va à l’encontre de ce qui le met en mouvement.
Et tant qu’on n’a pas mis des mots dessus, on tourne en rond.
Le problème, c’est que personne ne nous apprend à lire cette boussole.
On nous demande ce qu’on sait faire, pas ce qui nous met en mouvement. On choisit une formation, un poste, une entreprise, sans jamais vérifier si ça nourrit ce qui compte pour nous.
On se retrouve dans un métier “logique” au regard de notre CV, mais qui nous éteint à petit feu.
C’est souvent là que le bilan commence vraiment : pas quand on liste ses compétences, mais quand on identifie ses valeurs et qu’on comprend enfin pourquoi ce poste “parfait sur le papier” nous vidait de notre énergie.
Alors si vous deviez choisir trois valeurs dans cette liste, celles sans lesquelles votre vie professionnelle perd son sens, lesquelles choisiriez-vous ?



